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Quand le monde va mal, faut-il forcément prendre la parole?

Ces derniers jours, je ne sais plus très bien quoi faire de tout ce que je vois, ce que j'entends, ce que je lis. Des images d'incendies, des températures qui donnent le vertige, des guerres et des conflits, une actualité politique qui inquiète et divise...

Et quelques secondes plus tard sur les réseaux, un coucher de soleil, des vacances au bord de la mer, un cocktail coloré , une séance de yoga en pleine nature (j'en ai publié aussi, je n'accuse pas).


Et je me suis posée cette question: qu'est-ce que l'on fait de tout ça?


Et surtout, lorsque comme moi on possède un compte professionnel yoga et bien-être:

Est-ce que l'on doit en faire forcément quelque chose?


I. Nous ne recevons pas tous les informations de la même façon, nous ne regardons pas le monde de la même manière.

Certaines personnes vont être profondément bouleversés par les images qu'elles voient, d'autres vont ressentir de la colère, de la peur, de l'impuissance.

Certain(e)s vont avoir besoin d'agir, d'autres de parler. D'autres encore de couper leur téléphone parce qu'elles entent qu'elles n'arrivent plus à absorber d'avantage (je lève la main j'en fais partie).

Et puis certain(e)s vont continuer leur quotidien, leurs vacances, leurs publications.

Il ne m'appartient pas de décider quelle réaction est la bonne

On ne sait pas ce qu'il se passe derrière un écran, on se sait pas ce que la personne qui publie une photo de vacances a regardé quelques minutes avant, on ne sait pas ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent, ce qu'elle fait dans sa vie privée.

Publier une baignade ne signifie pas forcément être indifférent au monde.

Et ne pas publier, relayer ne signifie pas non plus que l'on se sent pas concerné.


II. Et quand on travaille dans le yoga et le bien-être?

C'est là que commence ma réflexion, car je suis professeure de yoga, j'enseigne l'écoute du corps, du souffle, je parle des saisons, du rythmes de nos vies, de ce que j'observe dans la pratique et en dehors de la pratique.

Alors quand des évènements aussi graves se produisent: Est-ce que je dois en parler?


Je vois passer des appels à la prière, des méditations, des messages autour du système nerveux, des publications qui invitent à revenir au coeur, à envoyer de l'amour...

Certains me touchent, d'autres me mettent mal à l'aise

Pas parce-que je pense qu'elles sont mal intentionnées mais parce-que je demande:

Où se trouve la frontière entre partager sincèrement quelque chose qui nous traverse et transformer ce qui arrive en contenu pour notre business (j'en avais déjà parlé autour des pléthores d'évènements octobre rose).


Et cette frontière je ne la trouve pas évidente


III. Tout doit-il devenir un enseignement?

Ici j'interroge, d'autant plus que j'ai déjà transformé un événement en post ( pratiquer le yoga pendant la canicule par exemple). Je pense que cette partie va vous faire réagir.


Est-ce qu'un incendie doit forcément devenir une publication sur le feu?

Est-ce qu'une guerre doit devenir une réflexion sur la paix intérieure?

Est-ce qu'une période de canicule doit devenir un plaidoyer pour la politique ?

Je cite ces 3 exemples mais il en existe d'autres.


Il n'y a pas de bonne réponse car parfois cela vient d'un engagement réel, mais peut-être pas systématiquement, tout n'a pas besoin de devenir un vidéo ou un carrousel, tout n'a pas besoin d'être commenté.


IV. Être professeure de yoga ne m'oblige pas à avoir une réponse:

Le yoga (et tout ce qui l'entoure) ne fait pas disparaître ce qui se passe dans le monde, voilà ça c'est dit!

Ça n'éteint pas les incendies, ça n'arrête pas les guerres, ça ne résout pas les crises politiques, ça ne empêche pas d'être inquiets, tristes, en colère ou dépassés. En revanche ça apprend quelque chose d'important:

NE PAS RÉAGIR IMMÉDIATEMENT

OBSERVER D'ABORD

Par exemple: Qu'est-ce que cette information provoque en moi? Pourquoi ai-je envie de la partager? Pourquoi ai-je envie de prendre la parole? Est-ce que j'ai réellement quelque chose à dire? Pourquoi? ai-je des informations utiles? ou parce-que le silence me donne l'impression de ne pas faire ce qu'il faudrait?


V. Le silence ne veut pas dire indifférence:

J'ai relayé quelques illustrations qui m'ont touché, j'ai lu certaines publications et puis c'est tout. Bine-sûr que je suis touchée même sans publier, je suis inquiète sans avoir besoin de l'expliquer. Je peux réfléchir, échanger, discuter avec d'autre personnes sans tout transformer en publications.


Je peux aussi continuer à partager un morceau de mon été, une pratique, une rivière, un moment sans que ça annule ce que je ressens.


Nous sommes capables de contenir plusieurs réalités en même temps!


La joie n'annule pas la conscience, le silence n'annule pas le ressenti.


VI. Nous sommes devenus spectateurs de beaucoup trop de choses:

Et nous devons digérer tout cela

Je ne suis ni psy, ni spécialiste du fonctionnement du cerveau. Je lis beaucoup sur l'impact de l'actualité sur le système nerveux et surtout j'observe autour de moi que nous n'avons pas tous la même capacité à recevoir et traiter les informations.


Je crois que nous avons aussi le droit de nous protéger, de couper les informations, de poser le téléphone, d'aller marcher, de pratiquer sur son tapis, de voir des gens que l'on aime, de rire, de continuer à vivre.


VII. Alors, est-ce ma place d'en parler?

Parfois oui, parfois non


Je suis professeure de yoga, femme et citoyenne du monde. Avoir un compte pro ne m'enlève pas le droit d'avoir une opinion, une émotion, une inquiétude, une réflexion. Mais cela ne m'oblige pas non plus à les transformer en publication.

Je n'ai pas envie de m'interdire quoique ce soit, mais de rester attentive à l'endroit, le moment. C'est d'ailleurs ce qui a motivé le choix d'écrire ici plutôt que de faire un post rempli de raccourcis et de phrases toutes faites.


VIII. Je n'ai pas de conclusion:

et je vais terminer comme ça

Je n'ai pas de réponse définitive, je ne sais pas quelle devrait être la place des prof de yoga, thérapeutes, des personnes qui travaillent dans le bien-être ou la spiritualité lorsque le monde traverse des périodes difficiles.

Et je me méfie des personnes qui prétendent trouver la réponse.


Alors voici ce que je fais:

J'observe

Je continue à m'informer sans me laisser submerger

Je continue à vivre, rire, sans penser que je dois choisir


Tout peut coexister!


Merci d'avoir pris le temps de me lire jusqu'ici, cet article apporte finalement plus de questions que de réponses, je serai curieuse de connaître votre ressenti et votre avis. Vous pouvez laisser un commentaire sous cet article ou poursuivre la conversation avec moi








 
 
 

4 commentaires


Audrey Calvo
Audrey Calvo
il y a 5 jours

Merci pour ton commentaire Céline. J’aime beaucoup ce parallèle avec les trois passoires de Socrate, et particulièrement la dernière : est-ce utile ?


C’est peut-être finalement la question qui me parle le plus. Pas forcément « est-ce que j’ai le droit de le dire ? », mais plutôt : qu’est-ce que je cherche à faire en le disant ? Est-ce que je partage quelque chose parce que cela me semble juste, nécessaire, que cela peut ouvrir une réflexion ou permettre à quelqu’un de se sentir moins seul ? Ou est-ce que je réagis simplement parce que j’ai un avis et qu’aujourd’hui, les réseaux nous poussent à avoir un avis sur tout, tout de suite ?


Et je te rejoins aussi…


Modifié
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Ton article le faut penser aux 3 passoires de Socrate est ce vrai? est bon ? est ce utile? Avant de s’exprimer. Que l’on soit dans le bien être ou tout autre domaine…. Et parfois déjà le est ce vrai n’est pas toujours vérifiable… donc on se tait … le est ce bon est aussi très impactant: je ne dis as qu’e. Tant que prof de yoga on ne doit véhiculer que du positif et vivre avec des lunettes roses, mais parfois garder notre avis pour notre cercle personnel plutôt que de clamer notre interprétation au monde pour faire un post comme tu dis. Et le est ce utile et le plus révélateur pour moi: partager mon expérience parfois pour…

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Article très intéressant qui pose effectivement des questions et élargit le sujet à des thèmes plus généraux et passionnants : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réaction face a une situation les façons d’agir et de percevoir les choses sont différentes chez chacun d’entre nous et le fait de s’interroger sur les perceptions différentes des miennes d’écouter de de ne pas porter de jugement hâtif devrait favoriser plus de tolérance

Les cours de Yoga cette année m’ont permis d’enclencher une démarche pour apprendre à m’écouter, ce n’est que le début mais ce qui est intéressant c’est qu’en essayant de s’écouter on se laisse la possibilité d’avoir l’esprit plus libre et du coup d’être plus serein pour écouter…

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Audrey Calvo
Audrey Calvo
il y a 5 jours
En réponse à

Merci beaucoup pour ton retour Céline Pitters, et je te rejoins vraiment sur cette idée : accepter qu’il puisse y avoir d’autres façons de percevoir, de ressentir et de réagir que la nôtre, sans chercher tout de suite à décider laquelle est la « bonne ».


Et ce que tu dis sur l’écoute de soi me parle beaucoup aussi. C’est finalement quelque chose que l’on essaie de cultiver dans la pratique : apprendre à observer ce qui se passe en nous, avec un peu moins de jugement. Et peut-être que ça nous rend aussi plus disponibles pour écouter ce qui se passe chez l’autre, sans forcément tout comprendre ni être d’accord.


Et si les cours cette année ont pu t’accompagner…


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